Patrimoine religieux: Broualan

Chapelle jusqu'en 1853, cet édifice daté de 1483, est des XVe et XVIe siècles.

"Cette chapelle, construite sur une éminence..., se compose d'une nef divisée en deux parties à peu près égales, par une grande arcade qui supporte le clocher, ou plutôt un fronton élevé sur le milieu de l'église et servant de campanile. Il est de forme élégante, orné de colonnettes et d'aiguilles fleuronnées et présente trois ouvertures où les cloches étaient suspendues. On y arrive par un escalier pratiqué à l'extérieur dans une tourelle construite avec beaucoup de soins et d'habileté. La partie orientale de la nef qui comprend le choeur est d'un style plus pur que l'autre.

Les fenêtres sont de belles proportions, les meneaux, dans le style du XVe siècle; tous les murs sont en grand appareil et en beau granit de pays... La seconde partie de la nef, qui semble du XVIe siècle, est d'un caractère moins sévère. La porte principale, la corniche et plusieurs crédences que l'on voit à l'intérieur, sont sculptées avec plus de coquetterie et de légèreté." (Abbé BRUNE 1846)

Selon Guillotin de Corson, la "sacristie (située au Nord-Est), voûtée en pierres, pourrait bien avoir été, à l'origine, une chapelle ou tribune seigneuriale prohibitive aux Seigneurs de Landal..."

Sur le pilier Nord, derrière la chaire, en lettres gothiques, L'AN MIL QUATRE CENT QUATRE VINGT TROIS LE HUITIEME JOUR DE MARS fUT COMMENCEE CETTE CHAPELLE PAR J.LETEOUS LE QUETRAT ET B.LEPRETRE LE MISO (le quetrat: celui qui reçoit la quête, le miso, celui qui donne la mise)    
Les retables: "Deux petits autels contemporains de l'église, dressés primitivement dans le choeur ont été placés sur l'arcade de soutien en 1891. Ils sont ornés de contre-retables, qu'enrichissent de légers pilastres et des niches garnies de statues anciennes"-Paul Banéat 1928- Les piscines : A proximité de chaque autel et logée dans l'épaisseur des murs, se trouve une piscine en pierre de granit et ornée de chaque côté de colonnes et de feuillages très délicatement ciselés. Au nombre de cinq, elles étaient destinées à évacuer à l'extérieur l'eau ayant servi au prêtre pour le lavement des mains
 
Notre Dame de Toutes Joies Le tabernacle: deux anges entourant le Bon Pasteur portant une brebis Une chasuble finement brodée
Le sacraire et sa pieta
Meuble où on rangeait autrefois les objets sacrés, ici le sacraire de l'église est en pierre. Situé à gauche du maître autel, il remonte à l'origine de l'édifice. Il reste vraisemblablement le seul en Ille et Vilaine à être aussi bien conservé. Fermé autrefois par une porte dont on voit encore les emplacements des gonds de fer, il comporte de fines sculptures ainsi qu'un écusson dont le motif a été effacé à la révolution.

La disparition des sacraires a commencé avec le Concile de Trente, en 1545. Les catholiques ont voulu, en effet par la mise en place des tabernacles au dessus de l'autel majeur, mettre plus en valeur la présence eucharistique. Aujourd'hui, le sacraire renferme une petite Pieta en pierre polychrome, probablement du XVIe siècle.

Le calvaire (Début XVIIe)

Cette croix d'enclos, biface, du XVIIe siècle est érigée à quelques mètres de l'église. Privée d'une partie de son fût, elle porte à la base de celui-ci, l'écusson partiellement visible des Monsorel, seigneurs de Landal aux XVIIe et XVIIIe siècles.

D'un coté elle représente la crucifixion, de l'autre la Vierge à l'enfant. Orientée à l'envers, le Christ en croix est tourné vers le levant, tandis que la Vierge et l'enfant Jésus regarde vers le couchant. Le socle porte un marteau représentant probablement la marque du sculpteur.

Une inscription en caractères gothiques entoure le socle:

M(ESSI)RE : NO(EL) : OLIVIER (ETANT) CHAP(ELAIN) (.) J(EHAN) PELIHON : A DON(N)E CETTE +

Messire Noël OLLIVIER, alors chapelain (1617) à Broualan, a été inhumé dans cette église. Une pierre tombale signale l'emplacement de son inhumation avec cette particularité: son nom est orthographié avec '2L', alors qu'il n'en comporte qu'un sur le calvaire.

Les pierres tombales
Quatre pierres tombales sont disposées les unes à la suite des autres dans l'allée centrale de l'église. deux d'entre elles portent des dates : 1580 et 1605. La première, la plus proche du choeur, est celle de Messire Noël OLLIVIER, chapelain en 1617 et non datée. une autre appartient à Jehan PELIHON. Les noms de ces deux personnages figurent sur le socle du calvaire proche de l'église.

Il semblerait qu'il ait existé d'autres tombes dans la chapelle. En effet, pendant 79 ans, de 1657 à 1736, 43 inhumations eurent lieu à l'intérieur même de l'édifice. Un seul individu, pendant cette période, paraît avoir été inhumé près de la chapelle, mais en dehors de son enceinte.

Quant au choeur, il renferme deux pierres tombales, de part et d'autre de l'autel, aux armes des UGUET, seigneurs de la Guerche.

La Maison du Chapelain

Sur la place de l'église, existe encore une petite maison sur laquelle figure l'inscription: " Fondation à perpétuité pour le chapelain de Broualan faite par Marie Prudence UGUET, demoiselle de La Guerche, fille aînée de Messire Louis UGUET, chevalier, seigneur de La Guerche, faite en 1732"

L'abbé Saget, à propos de cette maison, écrira en 1861: "Les chapelains n'avaient point (à Broualan), de demeure fixe. Cependant en 1732, une demoiselle UGUET, de La Guerche, fit construire un presbytère auquel elle amena un jardin. Elle demanda, pour condition, d'avoir part aux prières nominales à la messe de chaque dimanche. Mais l'ancien seigneur de Landal s'y opposa, prétendant que lui seul, comme seigneur, y avait droit. Il produisit comme preuve de ce droit, la découverte qu'il avait faite à cette occasion, de son écusson portant quatre fusées sur la base d'un pilier au midi de l'autel. La dite demoiselle, ayant perdu son procès, garda son bien qui est resté dans la famille jusqu'en 1821."

Les vitraux
" En 1623, une belle verrière garnissait la maîtresse vitre, derrière le grand autel (et brisée depuis malheureusement): on y voyait en haut, une bannière écartelée et contre-écartelée des armes des comte du Maine, seigneurs de Landal et de leurs alliances.

En dessous un grand écusson, couronné et entouré du collier de l'ordre de Saint Michel, portrait écartelé de Montauban et de Landal.

Et au bas, des deux côtés d'une image de la Sainte Vierge, étaient les figures d'un seigneur et d'une dame, le premier revêtu d'une cotte d'armes et la seconde d'une robe semée des armes de Maure, Navarre, Evreux et Rohan. ces deux personnages doivent être François, comte de Maure et Hélène de Rohan, dame de Landal, qu'il épousa en 1513. "

(Abbé Guillotin de Corson, 1883)

Aujourd'hui, on dénombre 8 vitraux du XIXe siècle, enchâssés dans des meneaux de style gothique flamboyant, ainsi qu'une rosace au-dessus de la grande porte.

On y retrouve entre autres le thème de la Pentecôte, de l'Adoration des mages, de l'Assomption, de l'Annonciation. L'Adoration des mages, due à Ruby (1866) a été offerte par les membres de la fabrique, le comte de Landal, l'abbé Saget et d'autres donateurs. Deux autres comportent la mention: "donné par les femmes et les jeunes filles" et " donné par les hommes et les jeunes gens".

Les Pèlerinages à Broualan

Extrait du livre de la paroisse au sujet des pélerinages à Notre Dame de Toutes Joies, écrit par l'Abbé Saget en 1861, en réponse à une circulaire adressée l'année précédente à tous les curés du diocèse par Mgr l'Archevêque de Rennes Godefroy SAINT-MARC

"Il y a un pèlerinage à Notre Dame de Broualan. Le but est d'obtenir de Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge, la pluie dans les sécheresses, le beau temps dans la trop grande abondance de pluies, la cessation de maladies surtout des fièvres. Ce pèlerinage est très fréquenté.

Le jour de l'Assomption, on voit 500 à 600 pèlerins accourir des paroisses voisines, quelques uns même de lieux éloignés. Pendant l'année, on voit souvent des neuvaines se faire pour obtenir de Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge, des grâces particulières.

Ces neuvaines se font, non seulement par les habitants de la paroisse, mais par des étrangers qui y accourent de distance éloignée.

On a vu plusieurs fois des marins pieds et tête nues, venir accomplir des voeux faits dans la tempête à Notre Dame de Broualan. Le genre de dévotion qu'on y pratique consiste dans ces prières, dans des marques extérieur de respect et de vénération envers la Sainte Vierge et dans des offrandes, soit en argent ou en cierges que l'on fait brûler en l'honneur de la Sainte Vierge.

Il y a peu d'années encore, toute la paroisse de la Boussac était partie du bourg, se rendant à Broualan demandant la fin d'une sécheresse trop prolongée; le temps était clair et serein et l'on arriva couvert de poussière à la chapelle. Après la messe, la procession s'organise à nouveau pour retourner à La Boussac et l'on se met en marche. aussitôt, de gros nuages se forment et une pluie copieuse s'en échappa par torrents, chacun alors croyant n'avoir plus rien à demander à Dieu, songe à trouver un abri; la procession toute entière allait se débander et disparaître lorsque le bon curé entre dans une sainte colère et adresse d'amères reproches à ses paroissiens de ce que ayant demandé la pluie, ils s'en trouvaient inondés et ne songeaient pas à remercier Dieu de ce qu'il avait exaucé leurs prières. Alors les rangs se reforment et le pèlerinage s'achève avec foi et courage. De tous ceux qu'on a fait de la sorte, on n'en cite pas un qui n'ait été suivi d'un plein succès."