Patrimoine religieux: Roz sur Couesnon

Historique de la Paroisse

On attribue à Saint-Malo (515-620) la construction d'un monastère et d'une église à Roz dans le courant du VIIe siècle.

La Paroisse fut établie entre 1189 et 1199 par un évêque de Dol, Jean de Lysenech, puis donnée aux chanoines de Dol en 1231 par l'évêque Jean de Lizannet.

La première église de Roz: la nef était séparée en son milieu par une voûte qui prenait presque toute la largeur de l'édifice, comme à Saint Georges et Broualan. Cette voûte était flanquée de deux petites chapelles latérales dédiées l'une à la Vierge et l'autre à Saint Nicolas. Ce mur de refend s'élevait de cinq mètres au-dessus du toit, il formait un campanile abritant les cloches. Le sol de la nef fut pavé en 1758, le dallage étant constitué de pierres tombales.

En 1834, la construction de la chapelle de la Vierge permet de réaliser les deux bras du transept. On abat le campanile qui menaçait ruine et en 1836 on construit le clocher (Tour).

L'église est dédiée à Saint Martin. La nef est datée de 1888, le clocher est récent et date de 1953. Le choeur détruit par une incendie a été reconstruit dans les années 1954 à 1956.Les deux statues en bois polychrome était dans le retable du choeur.

    Saint Martin et Saint Etienne de Paluel réalisées par Laurent Thomas Durocher à Dinan en 1744
 
Les vitraux du choeur sont de Max Ingrand (1953): La verrière de droite est consacrée à Saint Malo qui fonda la première paroisse de Roz  

Découvrer la vie de Frère Jean de Saint Samson

(1571 - 1636)

Présence du vénérable Frère Jean de Saint Samson à Roz

Jean de Saint Samson était Frère lai au monastère des Carmes de Dol. Il reste encore dans cette ville deux tours dite des Carmes qui rappellent l'existence de ce couvent aujourd'hui disparu. C'est dans ces lieux que vécut un personnage mysérieux qu'on a désigné comme le " Saint Jean de la Croix " français et comparé à Sainte Thérèse d'Avila.

Jehan du Moulin naquit et fut baptisé à Sens le 30 décembre 1571. Issu d'une famille aisée, il devint aveugle à l'âge de 3 ans et orphelin à 10 ans. Dans sa jeunesse, musicien inné, il anime des concerts, puis progressivement va se diriger vers le chemin de la foi. Il découvre le Carmel parisien de la place Maubert en 1603. Et en 1606, à l'âge de 35 ans, il entre au couvent de Dol de Bretagne et prend le nom du premier évêque de cette ville.

De constitution délicate sa santé résiste mal au climat du marais dolois, il est miné par les fièvres paludéennes très répandues à cette époque dans notre région. C'est un prédicateur renommé, le Père Louis de Cenis, provincial des Carmes, venu prêcher le carême à Dol en 1607, qui le conseille. Puisque les remèdes humains sont sans effet, il lui apprend une oraison qu'il a vu faire effet sur des fiévreux à Rome. " Il l'a dit lui même sur le malade, mais sans succès. Le lendemain était le jour où la fièvre devait revenir (c'était une fièvre intermittente) ; Jean se confesse, communie et prononce l'oraison sur soi avec un grand esprit de foi et est guéri aussitôt. On crie au miracle, et d'autres religieux malades de demander au frère Jean de dire l'oraison sur eux. Il s'y refuse par humilité, mais ayant reçu l'ordre de ses supérieurs, il guérit par ce moyen les malades du couvent. " La peste sévit en ces années  dans la région et le frère Jean  se dévoue auprès des pestiférés. Son renom de sainteté franchit très vite l'enceinte du couvent et lorsque une nouvelle épidémies de fièvres paludéennes se répand on se souvient du pouvoir miraculeux du frère aveugle.

L'évêque de Dol , Mgr Antoine de Revol, accepta fort mal ces guérisons et voulut faire cesser ces pratiques superstitieuses. Il se rendit au couvent accompagné de son théologal. Il surprit le frère Jean en train de procéder à des guérisons : "Frère Jan, dit-il fort aprement, qui vous a fait si hardi de bénir mon peuple en ma présence ? Ledit frère répondit : pardonnez moi Monseigneur, je ne vous pensais pas là. Et lui ayant dit que ce qu'il faisait n'était qu'abus et tromperie et l'ayant grandement rabroué et hontoyé devant tous, ledit évêque ajouta que son oraison était superstitieuse.  Ledit  frère demanda congé à l'évêque de parler, qui lui ayant permis, il répondit : Pardonnez-moi, Monseigneur, l'oraison est en sens parfait, il n'y a point de superstition. Ledit Seigneur évêque se tourna vers le susdit théologal en lui demandant : Que vous en semble, Monsieur le docteur?  Lequel répondit : les Apôtres n'en faisaient pas davantage, si nous menions la vie de frère Jan et si nous avions autant de foi que lui, nous guéririons tous ces malades aussi bien que lui. Antoine de Revol voulut encore savoir d'où frère Jan tenait cette oraison. Il dit l'avoir apprise du P .de Cenis et la réciter sur les malades par ordre de ses supérieurs. Et bien, Frère Jan, conclut l'évêque, j'ajoute à votre obédience le commandement de continuer à guérir les malades. "

Les fièvres se firent à nouveau sentir et les forces de frère Jean diminuaient sans cesse. C'est alors que le recteur de Roz, François Forgeays, offrit de le prendre chez lui et de le garder jusqu'à ce qu'il fut guérit. Jean de Saint Samson fit ainsi plusieurs séjours à Roz, tant le climat de Dol lui était pénible à supporter. Le R.P. Donatien de Saint Nicolas a laissé un récit de ce séjour dans notre paroisse dans son ouvrage écrit en 1651. Madame Bouchereau dans sa thèse le cite :

" Ce recteur était un homme fort charitable qui portait sur sa face beaucoup des linéaments de celle du B. François de Sales, évêque de Genève, et qui lui ressemblait encore plus dans son grave maintien, dans sa douceur et en beaucoup d'autres perfections. Il avait avec lui une sienne soeur, vieille femme veuve et fort grave, dévote et charitable vers les malades et les pauvres de toute la paroisse. A peine notre frère fut-il arrivé chez ce bon ecclésastique qu'il commença à embaumer, non seulement cette maison, mais encore tout le pays de l'odeur de ses vertus, et on reconnut aussitôt en ces quartiers le prix du trésor que Dieu y avait envoyé dans ce vertueux aveugle. Le recteur et les autres prêtres de la paroisse se firent aussitôt ses disciples en la vie spirituelle et  tous les jours il leur faisait de pieux entretiens sur les matières de la vertu et des obligations de leur condition ; à quoi la bonne dame dont je viens de parler prenait un grand contentement, y appelant tous les soirs les domestiques et serviteurs de la maison, afin de profiter tous des conférences saintes qu'ils avaient par ensemble.

Il y avait entres autres un bon prêtre qui tenait l'école et enseignait la jeunesse, lequel, à certains jours de congé, amenait ses écoliers à frère Jean de Saint Samson. Celui-ci les entretenait avec tant d'affabilité et de dévotion que souvent il leur otait l'envie de se recréer. Tantôt il leur faisait lire quelque livre spirituel, tantôt il les interrogeait sur leur catéchisme et les instruisait si méthodiquement en la foi catholique que la plus grande part des paroissiens prenait plaisir à le venir voir et entendre ses pieux entretiens...

Ces exercices de piété chrétienne, que les guerres précédentes avaient étouffés dans tout le pays, se renouvelèrent en sorte parmi le peuple que plusieurs se confessaient et communiaient aux fêtes et dimanches et même les plus dévôts le faisaient assez souvent le jeudi. C'était chose ordinaire, même parmi les enfants, de dire tous les jours les litanies de la Sainte Vierge. Les filles vivaient chez leurs parents, retirées des occasions de vanité et plusieurs de ces enfants de l'un et l'autre sexe embrassèrent depuis la vie religieuse en divers ordres, dont le nôtre peut donner encore aujourd'hui des témoignages plein de bénédiction et d'odeur de vertu. Ainsi notre humble frère laïc fut choisi de Dieu comme un vrai apôtre de ce pays de Dol, pour défricher cette terre inculte, pleine d'épines et de halliers que l'hérésie et les guerres y avaient produits. Car, à l'exemple des habitants de cette paroisse où il fit tant de bien, ceux des paroisses voisines, devenus émulateurs de leurs vertus et de leur piété, commencèrent à se porter à la dévotion et au service de Dieu,  de sorte que par ce moyen tout l'évêché a été peuplé de personnes très ferventes en la foi et affectionées aux exercices de la piété et de la perfection chrétienne "

Le recteur de Roz et sa soeur, sous la conduite de cet aveugle tout emprunt de spiritualité changèrent leur maison en petit monastère recevant les pauvres et les passants avec beaucoup de charité et les servaient à table.

Frère Jean de Saint Samson quitta Dol pour Rennes en 1612. Il mourut le dimanche 14 septembre 1636 au couvent de Rennes. Actuellement une relique de son corps se trouve dans une petite chapelle chez les Carmes de Bourges.

Ce religieux aveugle fut et reste l'un des plus grand mystiques français et joua un rôle important dans la réforme de son ordre. Il est l'auteur de nombreux écrits spirituels. On lui attribue 4000 pages de notes dont la majeure partie est conservé aux archives départementales à Rennes. Une famille de Roz possède l'un de ses ouvrages " Le vrai esprit du Carmel" dans son édition de 1655. L'édition critique de ses oeuvres mystiques, en dix volumes, est en cours d'édition.

Il nous faut dire deux choses sur l'ordre des Carmes, auquel Roz doit entres autres le réveil  de la foi au XVIIe siècle, mais aussi la création de la première école pour les jeunes filles en 1853. La première institutrice (Mlle perrine Alix ) était une fille du Tiers ordre du Carmel d'Avranches.

L'ordre des Carmes est né en Palestine au Mont Carmel. Cette montagne est un haut lieu de la spiritualité des trois grandes religions monothéistes : juive, chrétienne et musulmane, qui sont toutes trois en relation avec le prophète Elie. Le début de l'Ordre remonte aux années 1204-1214. Les Carmes se sont installés en France entre 1235 et 1244. Après quatre siècles de présence carmélitaine sur notre sol, la révolution détruisit et supprima 133 couvents de cet ordre.

Extrait de : Roz sur Couesnon , Recherches autour d'une commune rurale du Pays de Dol, de René Le Doaré

   

Références bibliographiques:

Roz sur Couesnon , Recherches autour d'une commune rurale du Pays de Dol, de René Le Doaré

Le Patrimoine des communes d'Ille et Vilaine aux éditions Flohic